[C'est le soir. L'un et l'autre se font face. Dès qu'ils bougent, le craquement des vieux meubles se fait entendre.]
(L'un.) N'avez-vous jamais remarqué cette correspondance entre l'outil que l'on utilise et la pensée qui nous traverse?
(L'autre.) Une seule fois, peut être, mais en rêve. (Un temps.) C'était chez mamie. Figurez-vous qu'un de mes outils, un marteau en l'occurrence, s'enticha d'une petite pensée de l'autre coté de la fenêtre. Et mon marteau de commencer une correspondance journalière avec sa promise, lui vantant la beauté de ses pétales, d'un orange si rayonnant qu'une braise en pleurerait.
(L'un.) Lyrique votre marteau. Mais je parlais d'une correspondance plus abstraite. Vous savez, vous, l'homo habilis devenu homo sapiens, d'aucun dirait sapiens sapiens, (Un temps long.) utilisant l'un de ses outils pour coucher sa pensée.
(L'autre) Quelle drôle d'idée. Coucher avec ses pensées. (Un temps.) Ne vous méprenez pas, mon marteau n'a fait que correspondre avec sa muse. Il était d'ailleurs bien trop brusque pour oser la toucher. Mais dites-moi, vous en connaissez, vous, des outils écrivant autre chose que des lettres d'amour?
(L'un) Parfaitement. Les plumes d'oie.
(L'autre) Je ne vois pas le rapport.
(L'un.) Pensez donc aux curés du moyen âge. (Un petit sourire au coin des lèvres.) Les moines copistes, cela vous dit quelque chose? ( Le sourire devient moqueur) Eh bien, laissez moi vous dire qu'ils n'avaient ni rotatives, ni imprimantes, pour accomplir leur mission... (De plus en plus moqueur.) Ils les ont écrit avec des plumes d'oies, toutes leurs histoires. (Un temps.) Vous comprenez?
(L'autre.) Rien du tout.
(L'un) Vous m'accorderez donc qu'à l'outil plume doit correspondre une écriture, en plein et en déliés par exemple. Comme au fusain correspond une manière de dessiner autre que celle du crayon.
[Une lumière s'allume.]
(L'un, en aparté.) C'est tout moi ça, se laisser emporter par une pensée, sans aucun outil pour la faire ralentir. On ne me fera pas croire que la bible est aussi longue parce qu'en la recopiant, avec leur satanée plume, les moines y ont ajouté leurs pensées pour égayer la tâche... (Songeur.) L'histoire est trop simpliste. Mieux vaut faire profil bas.
(L'autre, à part aussi.) C'est tout de même bizarre cette histoire de correspondance entre outil et pensée. Je flaire le conditionnement! Ne nous laissons pas faire. (A l'un.) Vous disiez donc?
(L'un.) Oh vous savez, j'en dis des choses.
(L'autre.) Et sur les correspondances, n'en parlons pas. Cette histoire d'homo habilis et d'homo sapiens, tout de même!
(L'un.) Que voulez-vous...
[L'un et l'autre se lèvent, échangeant leur place.]
3 commentaires:
Blague d'architecte: vous savez comment s'appelle cet outil avec lequel on dessine les projets sur ordinateur? Non? c'est "Autocad". Et quel est le nom de ce programme quand windows crée un raccourci sur le bureau de l'ordinateur? Et bien c'est "Acad". Acad pour accadémisme, surement....
ou pour Acadie là bas chez nos cousins canadiens.
La suite, la suite svp. Pas mal le coup de la plume d'oie, mais faut resserer un peu les dialogues
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